la vulnérabilité artificielle
en tout cas moi ça me fait du bien de l’admettre qu’on vit dans une dystopie. genre on y est. le boutte où toute va commencer à feeler comme de la science-fiction. y’a des robots qui s’échappent sur internet, des caméras de surveillance partout, on assiste à des génocides au pluriel, pendant que des milliardaires se construisent des bunkers sur leurs îles de pédo, pis ici chez nous on est tellement désensibilisés qu’il y a un débat si on devrait vraiment appeler ça un féminicide quand tabarnak c’est pas la nomenclature le problème dans l’équation les copains.
pis sur linkedin, là où je me tiens beaucoup, comme on se tiendrait à sorel-tracy, c’est à dire pas par choix (bonjour à mes amis d’enfance de l’école saint-jean-bosco), la grosse colère, de tous les choix possibles, c’est que maintenant ça va être plus facile d’identifier si ton ex-collègue qui crissait jamais rien a écrit ses opinions aussi tiède qu’une salade de chez toujours mikes avec l’intelligence artificielle.
pis ça dérougit pas. ça se donne des trucs pour tricher. pour éviter le watermark. pour éviter d’être pogné pis d’être identifié pis d’avoir honte de pas avoir voulu jouer le jeu.
le jeu d’être vulnérable.
parce que c’est ça, écrire. c’est jouer avec sa tête sa peau son coeur ses os. parce qu’écrire c’est révéler. c’est avancer sans trop savoir où on va s’enfarger. écrire c’est pas de prédire, c’est de déjouer le prognostic. écrire c’est espérer que y’a quelqu’un à l’autre bout qui va pouvoir lire entre les lignes de ta friction.
bon. là je comprend bien que si ton but quand t’écris c’est de vanter les mérites de ta business qui offre des services d’implémentations de logiciel RH, on s’entend que te veux pas trop t’enfarger.
mais imagine, imagine, juste, en fermant les yeux, imagine si tu trébuchais. je sais pas, moi. une répétition maladroite ou une faute, ou deux, t’imagines ça une faute ou deux sur ton linkedin? ton linkedin que t’as fait refaire ta photo par un robot pour t’effacer les pores de peau. faudrait pas que les autres ils le sachent, ton secret, que t’es peut-être un humain.
les humains on aime ça lire les autres humains à la base parce qu’on aime ça se reconnaître ailleurs. se projeter. pis je le sais pas pour toi, mais moi je suis pas parfait. pis quand je vois quelqu’un qui l’est, ça me fait chier. parce que je le sais que c’est pas vrai. pis quand je lis lisse, que mes yeux parcourent tes mots pis y’a rien pour me retenir, j’aime pas ça. je veux pas que tu me réconfortes avec ton flot. tes mots je les veux comme mon pied qui pense manquer une marche, avoir mon coeur qui s’arrête un moment, de sentir les larmes monter au détour de quelque chose que j’aurais pas pu prévoir parce que je ne suis pas toi et tu n’es pas moi.
bon, euh, encore une fois, ça s’applique pas tant à ma pauvre personne qui veut vendre des RH, je me suis laissé emporté. mais ce que j’essaie de dire, c’est que c’est pas grave, que tu fasses une faute. c’est pas grave si tes idées sont un peu entremêlées. c’est pas grave si tu te répètes maladroitement. tu vas t’améliorer. on s’améliore tous. pas jusqu’à être des virtuoses, mais assez pour pas être gênés.
les humains, ce qui nous connecte, c’est notre vulnérabilité. c’est comme ça dans toute. c’est pour ça que je couine quand je vois un bébé. parce que c’est petit c’est cute c’est faible pis y’en pas un estie qui va lui faire du mal, c’est un bébé. on cherche toujours à protéger ce qui est vulnérable. en tout cas j’espère qu’on est encore comme ça.
pis c’est ben plate, mais les robots, ils sont pas vulnérables. c’est pour ça que ça sonne faux. ça existe juste pas, la vulnérabilité artificielle.
ça fait que c’est ça. je le comprend que c’est facile de demander à un robot de faire un sommaire digeste de tes idées. mais faudra pas s’étonner si les gens décrochent. tant qu’à lire de la marde, j’aime autant choisir celle que s’tun humain qui l’a digérée.
PS: je réalise que c’est ironique en estie que je commence en disant qu’il y a au moins mille choses à parler plus importantes que ça en début de texte, pour ensuite parler de ça. mais la réalité, je pense, c’est que plus on se met à se jaser comme des robots, moins on va se comprendre. pis de mon expérience, quand le monde ordinaire arrêter de se comprendre, y’a toujours quelqu’un de plus riche pis de plus puissant pour en profiter. qui l’eut cru.


Merci pour ce post. Continue d’écrire. Ça fait du bien de te lire. Flo